L’indice Kp mesure, de 0 à 9, à quel point le champ magnétique terrestre est secoué, par tranches de trois heures. Kp 5 est le seuil d’une tempête géomagnétique (niveau G1 de la NOAA) : largement assez pour une lueur depuis Copenhague, à peine depuis Paris, où la NOAA suggère plutôt Kp 6. Et même alors, le ciel est couvert dans une nuit d’alerte sur trois à une sur deux.
Cet article explique le chiffre : ce qu’il mesure, ce que chaque niveau permet de voir selon l’endroit où vous êtes, combien de fois par an il arrive, et pourquoi il ne suffit pas à décider de sortir. Les seuils de vingt-trois villes viennent d’une règle publiée par la NOAA, recoupée avec ce qu’elle a observé, y compris là où notre propre règle se trompe. Ce sont des ordres de grandeur, pas des garanties.
Le Kp se mesure sous l’ovale, entre 44° et 60° de latitude : c’est pourquoi Kp 0 n’empêche pas l’aurore en Islande
Le Kp n’est pas une mesure de l’aurore. D’après la NOAA, c’est la moyenne des perturbations du champ magnétique relevées par treize observatoires situés entre 44° et 60° de latitude géomagnétique. Chacun mesure, sur trois heures, la plus forte fluctuation horizontale du champ, qu’on convertit en un indice local (l’indice K), puis en échelle de 0 à 9. L’idée remonte à Julius Bartels, en 1938, qui l’appelait « Kennziffer », le chiffre-clé.
Ces observatoires sont en dessous de l’ovale auroral, pas dedans. Le Kp dit donc à quel point la perturbation est forte aux latitudes moyennes, pas si l’aurore est présente au-dessus de vous. À Reykjavik, à Tromsø ou à Rovaniemi, vous êtes déjà sous l’ovale : l’aurore passe au zénith même quand l’indice affiche 0. À Paris, vous en êtes loin : il faut que l’ovale descende de plusieurs degrés, donc que la tempête soit forte, pour qu’une lueur monte à l’horizon.
Une couronne : les rayons semblent partir du zénith, ce que l'on voit quand l'ovale passe au-dessus de soi.
Estimé, prévu, définitif : trois Kp différents
Le Kp qu’on lit en direct est une estimation. Le centre de prévision de météo spatiale de la NOAA (SWPC) la recalcule chaque minute à partir de huit magnétomètres seulement, et émet des alertes quand elle atteint 4, 5, 6, 7, 8 et 9. Le Kp prévu est un pronostic, publié sur trois jours. Le Kp définitif, enfin, est calculé plus tard avec les treize observatoires par le GFZ de Potsdam, qui tient la série depuis 1932.
Les trois peuvent différer d’un palier. Une alerte à Kp 6 estimé peut devenir 5+ en définitif, et inversement. Les statistiques de cet article, elles, reposent sur le Kp définitif du GFZ.
Pourquoi trois heures, et pourquoi 5− et 5+
L’échelle va de 0 à 9 par tiers : 4+, 5−, 5o, 5+, 6−. Un Kp « de 5 » n’est donc pas un chiffre rond : c’est 5−, 5o ou 5+. Sur toutes les pages de ce site, « Kp 5 ou plus » veut dire qu’au moins un intervalle de trois heures a atteint 5o ou davantage, 5− exclu. Cette convention compte moins de jours que celle qui inclut le 5− (36 jours par an contre 49 environ), et elle explique des écarts avec d’autres sites.
Que signifie Kp 5 : une tempête, et un seuil qui change d’un pays à l’autre
La NOAA classe les tempêtes géomagnétiques de G1 à G5, et associe à chaque niveau les latitudes où l’aurore est vue. Le tableau les réunit avec la fréquence mesurée de chaque niveau, de 1996 à 2025.
| Niveau | Kp | Où la NOAA situe l’aurore | Jours par an |
|---|---|---|---|
| G1, mineure | 5 | Visible aux hautes latitudes (nord du Michigan et du Maine) | 35,7 |
| G2, modérée | 6 | Jusqu’à New York et l’Idaho (typiquement 55° de latitude géomagnétique) | 12,2 |
| G3, forte | 7 | Jusqu’à l’Illinois et l’Oregon (typiquement 50°) | 4,6 |
| G4, sévère | 8, dont 9− | Jusqu’à l’Alabama et le nord de la Californie (typiquement 45°) | 1,5 |
| G5, extrême | 9 | Jusqu’à la Floride et le sud du Texas (typiquement 40°) | 0,1 |
Jours par an où au moins un intervalle de trois heures atteint le niveau, 5o et au-dessus. Le niveau G1 compte donc tous les jours à Kp 5 ou plus, G2 ceux à Kp 6 ou plus, etc.
Les valeurs du tableau sont des moyennes sur trente ans, et l’activité n’est pas régulière : 2024 a compté 36 jours à Kp 5 ou plus, 22 à Kp 6 et 13 à Kp 7, 2025 en a compté 62, 21 et 8. Jusqu’au 12 octobre, 2026 en totalise 41, 15 et 7. Le seul Kp 9 depuis 1996 : quatre jours, le 15 juillet 2000, les 29 et 30 octobre 2003 et le 11 mai 2024.
Kp 5 n’a rien de rare
Un jour sur dix atteint Kp 5 ou plus (9,8 % des jours). Un jour sur 79 atteint Kp 7 ou plus. Vus par intervalle de trois heures, 27,6 % des intervalles atteignent Kp 3, 4,0 % atteignent Kp 5 et 0,4 % Kp 7. Kp 5 n’est donc pas la tempête exceptionnelle qu’annoncent certains messages : c’est le niveau où un lecteur de Copenhague ou de Londres peut espérer quelque chose, et où un lecteur de Lyon ne verra rien.
Kp 5 suffit largement à Copenhague, à peine à Paris : le seuil de vingt-trois villes
La règle publiée par la NOAA est simple : le bord inférieur de l’ovale descend d’environ deux degrés par palier de Kp, à partir de 66° de latitude géomagnétique à Kp 0. Pour voir une lueur sur l’horizon nord, il faut que ce bord soit à environ six degrés de chez vous. Le seuil d’une ville est donc : (66 − latitude géomagnétique − 6) ÷ 2. Pour l’aurore au zénith, il faut que le bord de l’ovale passe chez vous, sans cette marge : (66 − latitude géomagnétique) ÷ 2.
À Reykjavik et à Rovaniemi, le seuil est de 0 : on est sous l’ovale. À Copenhague, 2,3 : un Kp de 3 suffit. À Paris, 4,8 : tout juste Kp 5. À Rome, 9,0 : la tempête la plus forte observée depuis trente ans, et encore.
Le tableau complet : vingt-trois villes
| Ville | Latitude | Latitude géomagnétique | Kp pour une lueur | Kp pour le zénith |
|---|---|---|---|---|
| Reykjavik | 64,2° | 68,9° | 0 | 0 |
| Tromsø | 69,7° | 67,5° | 0 | 0 |
| Fairbanks | 64,8° | 65,6° | 0 | 0,2 |
| Rovaniemi | 66,5° | 63,6° | 0 | 1,2 |
| Inverness | 57,5° | 59,8° | 0,1 | 3,1 |
| Stockholm | 59,3° | 58,0° | 1,0 | 4,0 |
| Copenhague | 55,7° | 55,3° | 2,3 | 5,3 |
| Vancouver | 49,3° | 54,6° | 2,7 | 5,7 |
| Londres | 51,5° | 53,4° | 3,3 | 6,3 |
| Minneapolis | 45,0° | 53,6° | 3,2 | 6,2 |
| Seattle | 47,6° | 53,1° | 3,5 | 6,5 |
| Berlin | 52,5° | 52,2° | 3,9 | 6,9 |
| Bruxelles | 50,9° | 52,0° | 4,0 | 7,0 |
| Lille | 50,6° | 52,0° | 4,0 | 7,0 |
| Chicago | 41,9° | 50,8° | 4,6 | 7,6 |
| Paris | 48,9° | 50,4° | 4,8 | 7,8 |
| New York | 40,7° | 50,0° | 5,0 | 8,0 |
| Strasbourg | 48,6° | 49,3° | 5,4 | 8,4 |
| Munich | 48,1° | 48,2° | 5,9 | 8,9 |
| Lyon | 45,8° | 47,0° | 6,5 | hors d’atteinte |
| Marseille | 43,3° | 44,5° | 7,7 | hors d’atteinte |
| Madrid | 40,4° | 43,2° | 8,4 | hors d’atteinte |
| Rome | 41,9° | 42,0° | 9,0 | hors d’atteinte |
Règle des deux degrés par palier de Kp à partir de 66°, plus six degrés de marge pour une lueur sur l’horizon. « Hors d’atteinte » : au-dessus de Kp 9. Ce sont des ordres de grandeur : une aurore brillante se voit plus bas, une aurore faible pas du tout. Les seuils des villes françaises sont détaillés dans le guide aurore boréale en France.
Ce que la NOAA a observé, et où notre règle se trompe
Une règle n’a de valeur que si on la confronte à ce que la NOAA a effectivement observé. Elle associe chaque niveau de tempête à une latitude « typique » où l’aurore a été vue. Voici l’écart avec le bord de l’ovale que donne la règle des deux degrés :
| Kp | Bord de l’ovale, règle (66° − 2 × Kp) | Latitude typique, NOAA | Écart |
|---|---|---|---|
| 6 | 54° | 55° | 1° |
| 7 | 52° | 50° | 2° |
| 8 | 50° | 45° | 5° |
| 9 | 48° | 40° | 8° |
Jusqu’à Kp 7, la règle tombe à un ou deux degrés de ce que la NOAA cite. Aux très fortes tempêtes, elle sous-estime l’expansion de l’ovale : à Kp 9, la NOAA place l’aurore à 40°, la règle à 48°. Cela veut dire que les seuils du Sud sont plutôt pessimistes lors des plus grandes tempêtes.
L’autre écart va dans le sens opposé, et il touche la France. La NOAA associe New York à Kp 6, et Chicago à Kp 7 ; notre règle leur donne Kp 5,0 et 4,6. En recoupant, nos seuils sont environ un palier trop optimistes aux latitudes de Lille et de Paris, et cohérents vers Marseille.
| Ville | Seuil par la règle | Estimation recoupée avec la NOAA |
|---|---|---|
| Lille | 4,0 | autour de 5,5 |
| Paris | 4,8 | autour de 6 |
| Strasbourg | 5,4 | autour de 6 |
| Lyon | 6,5 | autour de 6,5 à 7 |
| Marseille | 7,7 | autour de 7 |
Hypothèse du recoupement : d’après le couple « 55° typique, New York à 50° » que donne la NOAA pour G2, une lueur se voit environ cinq degrés sous la latitude typique du niveau. C’est une estimation, pas une mesure : nous n’avons pas d’observations françaises datées pour trancher entre les deux colonnes.
Retenez donc une marge d’un palier : depuis Paris, Kp 5 offre une chance, Kp 6 une vraie. Un seuil trop bas se paie en soirées dehors pour rien, c’est pourquoi nous avons préféré montrer les deux estimations plutôt que d’en choisir une en silence.
Les villes qui ne verront jamais l’aurore au zénith
À Madrid, à Rome, à Marseille ou à Lyon, l’aurore au zénith exigerait plus que Kp 9. Une lueur très basse sur l’horizon nord reste possible, aux plus fortes tempêtes seulement, et ce n’est pas le rideau vert des photographies : c’est un halo rouge, plus net sur une photo longue pose qu’à l’œil nu.
Pourquoi le Kp ne suffit pas : jusqu’à une nuit d’alerte sur deux est couverte
Supposons le seuil atteint : le Kp est à 5, votre ville est assez haute. Reste le ciel. Nous avons relevé, de 2010 à 2025, les observations météo des aéroports de Lille, de Paris-Charles-de-Gaulle et de Strasbourg, et compté la part des nuits offrant au moins deux heures consécutives de ciel au plus à moitié couvert entre 22 h et 2 h, heure de Paris.
Sur les nuits où le Kp atteint 5 ou plus, le ciel est dégagé dans 53 % des cas à Lille, 64 % à Paris et 54 % à Strasbourg. Autrement dit, une alerte à Kp 5 envoie dehors pour rien dans 47 % des nuits à Lille, 36 % à Paris et 46 % à Strasbourg. À Kp 6 ou plus, la part claire retombe : 44, 54 et 47 %, sur une trentaine de nuits chacune.
La saison s’en mêle, et dans le bon sens pour une fois : les mois les plus actifs en tempêtes sont aussi parmi les plus dégagés en France. Septembre (14,0 % de jours de tempête), mars (11,9 %) et avril (11,8 %) cumulent activité et ciel clair, comme l’explique le guide sur quand voir une aurore boréale. Décembre cumule les deux handicaps : l’activité la plus basse de l’année (4,7 %) et l’un des ciels les plus couverts (33 % de nuits claires à Paris).
Le creux est net : de novembre à janvier, au moins une nuit sur deux est couverte à Paris (43, 33 et 34 % de nuits claires), et la proportion est plus sévère encore à Strasbourg, à 28, 31 et 27 %. Au printemps et à l’automne, le ciel s’ouvre : 73 % en septembre, 79 % en avril.
Ceux qui guettent : le Kp dit qu'il se passe quelque chose, pas qu'on le verra.
Trois facteurs que le Kp ignore : les nuages, la Lune, l’obscurité
Les nuages, d’abord, qu’aucun indice magnétique ne voit. C’est la raison du chiffre qui précède : un Kp parfait sous un stratus ne vaut rien.
La Lune ensuite. Une pleine lune n’éteint pas une aurore très active, mais elle efface les faibles, et celles qu’on voit de France sont souvent de celles-là. Sa hauteur au-dessus de l’horizon compte autant que sa phase : une Lune couchée à 23 h ne gêne pas la fin de la nuit.
L’obscurité, enfin : il faut un Soleil bien sous l’horizon. Plus on monte en latitude, plus la saison se resserre autour de l’hiver, comme le détaille le guide sur où voir des aurores boréales.
C’est la raison d’être de Norya : l’application combine le Kp, les nuages au-dessus de vous, la Lune et l’obscurité réelle en un score sur 100 pour votre position, et refuse d’en afficher un quand une donnée manque, plutôt que de le deviner.
Un seul chiffre pour votre position, qui tient compte du ciel et de la Lune, pas du Kp seul.
Ce que cette mesure ne dit pas
Elle repose sur un point d’observation par ville, à l’aéroport, et ne couvre que les nuages bas et moyens : un ciel dégagé à Roissy ne l’est pas forcément à votre point d’observation. Les nuits à Kp 7 ou plus sont huit seulement en seize ans : trop peu pour une statistique, nous nous arrêtons à Kp 6. Elle ne dit rien de la force de l’aurore.
Méthode et source : relevés METAR des aéroports de Lille-Lesquin (LFQQ), Paris-Charles-de-Gaulle (LFPG) et Strasbourg-Entzheim (LFST), 2010 à 2025, via l’Iowa Environmental Mesonet. Les ciels CAVOK, NSC, SKC et CLR comptent comme dégagés, FEW et SCT comme au plus à moitié couverts. Seules les nuits dont la fenêtre de 22 h à 2 h est entièrement dans l’obscurité utile (Soleil à plus de 10° sous l’horizon) sont retenues. Le Kp d’une nuit est le maximum des intervalles de 21 h à 24 h et de 0 h à 3 h UT. Kp : GFZ Potsdam, CC BY 4.0, Matzka et al. 2021 (doi:10.1029/2020SW002641).
Où lire le Kp, et laquelle de ses versions croire
Trois sources, pour trois usages.
| Source | Ce qu’elle donne | À utiliser pour |
|---|---|---|
| NOAA SWPC | Kp estimé chaque minute, prévision à trois jours, alertes aux paliers 4 à 9 | Savoir où on en est ce soir |
| GFZ Potsdam | Kp définitif, série depuis 1932 | Vérifier après coup, faire des statistiques |
| Sites et applications | Republient les valeurs de la NOAA, parfois avec un décalage | Un coup d’œil, pas une source primaire |
La NOAA tient la valeur de référence en direct. Pour croire un chiffre, regardez son nom : « estimé » peut bouger, « prévu » est un pronostic. Ce que le chiffre ne fait pas, c’est se rapporter à votre position : c’est le travail de Norya, qui convertit ces valeurs en un chiffre pour l’endroit où vous êtes, avec les nuages et la Lune.